Rome, 1600. Un jeune artiste inconnu, aussi bien qu’homme au temperament vif, scandalise les bien-pensants par sa conduite dissolue, et bouscule trois siècles de tradition picturale en quelques tableaux d’une puissance jamais vue, faite de réalisme, cruauté, clair-obscure. Aussi habile à l’épée que virtuose du pinceau, il deviendra fameux sous le pseudonyme de Caravage…
Voici L’Incredulité de Saint-Thomas
Une première version autographe de ce tableau, exécutée pour le cardinal Girolamo Mattei vers 1600-1601, est conservée dans une collection privée suisse. Il existe même une seconde version, presque identique, réalisée pour la famille Giustiniani et conservée à Potsdam (Berlin). Le tableau exposé, la troisème version de l’oeuvre provenant d’une collection autrichienne à Florence, sera exceptionnellement visible encore pour quelques jours dans la belle église de Sainte Agnès, sur la Place Navona (pour plus d’infos).

Fait surprenant. Cette version révèle l’intervention de deux mains. Tout le monde sait que Caravage travaillait seul, mais ce tableau il l’avait évidemment interrompu lors de sa fuite de Rome après avoir assassiné Ranuccio Tomassoni… C’est alors que l’un de ses proches et collaborateurs dut le terminer. Des documents précisent que ce fut Prospero Orsi à etre payé en 1607 pour l’achevement de l’oeuvre, tout à fait « à la manière du maitre ».
Quelques notes stylistiques
Cette scène, inspirée de l’Evangile selon saint Jean, ne présente aucune indication du lieu: le Christ est au milieu des apôtres et Thomas, dont le geste est représenté avec efficacité et réalisme, enfonce son doigt dans la plaie du corps du Christ, comme s’il était attiré par la main de Jésus. Les personnages sont fortement illuminés malgré l’absence d’une source de lumière identifiée.
Aucun maître du passé n’arrive, avant Caravage, à créér une connexion immédiate et intense avec le spectateur moderne par son clair-obscur dramatique et sa capacité à saisir les émotions humaines universelles. Sans doute influencé par le réalisme lombard de Léonard De Vinci aussi bien que par la peinture vénitienne du Titien, néanmoins pris d’admiration pour la monumentalité de Michel Ange, son langage se nourrit cependant prevalemment d’une profonde observation de la réalité. Un realisme cru fait irruption pour la première fois dans des oeuvres à sujet sacré.
Dans notre tableaux la figure du Christ, vêtu d’une tunique blanche, éclairé par la lumière et pourtant humain, et fait de chair, emblème de sa propre résurrection, s’oppose à la connotation plus populaire des apôtres, dont les têtes convergent vers la blessure au côté. Les personnages sont grandeur nature, de sorte que l’encadrement s’ouvre directement sur une scène dont nous devenons partie intégrante.
C’est le nouveau rôle que l’artiste impose au spectateur donc, à changer radicalement, dans la mesure où Caravage l’implique (NOUS IMPLIQUE) en tant que témoin oculaire des événements narrés.
Découvrez notre tour Visite insolite de Rome sur les traces de Caravage